Pour renforcer sa capacité à formuler des projets climatiques éligibles, la République centrafricaine a formé une soixantaine d’acteurs issus des administrations, du secteur privé et de la société civile. Avec l’appui de la Francophonie et de la Wallonie, les premières notes conceptuelles sont en cours de finalisation pour être soumises au Fonds vert pour le climat.

Si la République centrafricaine (RCA) est dotée de riches terres agricoles et d’un potentiel naturel très important (forte pluviométrie, réseau hydrographique dense, ressources minières immenses, massif forestier important, etc.), elle reste l’un des pays les plus pauvres du monde : le pays est classé au 188e rang sur 189 pays du point de vue de l’Indice de développement humain (IDH). Estimée à 5,9 millions d’habitants, la population est majoritairement rurale et jeune (l’âge moyen étant de 17 ans et l’espérance de vie de 53,3 ans). Les aléas climatiques les plus marqués durant ces dernières années sont les tempêtes, les inondations (zones du Sud-Ouest) et les sécheresses (au Nord). Sur le territoire centrafricain, le changement climatique se traduira, d’ici 2050, par une augmentation des températures comprise entre + 1,31 °C et + 2,11 °C selon le scénario RCP 4,5. La majorité des modèles climatiques prévoient aussi une légère tendance à l’augmentation des précipitations totales annuelles.

Pays pauvre, enclavé et vulnérable donc, mais au fort potentiel, la RCA veut désormais mobiliser de manière plus efficace et structurée les ressources des principaux mécanismes internationaux de la finance climat – le Fonds d’adaptation et le Fonds vert pour le climat (FVC) –, et surtout gagner en confiance dans sa capacité à y accéder pleinement.

« Dans le cadre de notre Programme pays*, nous avons identifié douze idées de projets en adaptation et douze en atténuation », entame Boris Bemokolo, référent technique de la Coordination nationale Climat (CNC) et point focal FVC. « Ces initiatives doivent ensuite être formulées sous forme de notes conceptuelles, un travail que nous avons déjà bien avancé ».

Ces avancées sont prometteuses, mais certains freins persistent pour transformer l’essai, selon Alioune Seydi, formateur et expert en finance climat. Pour pouvoir être prises en compte par le FVC, les notes conceptuelles doivent répondre à un cadre strict. « La CNC ne peut pas porter seule toute cette problématique à l’échelle du pays : cela ne donnerait pas à la RCA la vitesse nécessaire pour lever ces fonds », détaille Alioune Seydi. « Elle doit être accompagnée d’experts sectoriels avertis des enjeux climatiques pour formuler ensemble les projets et les soumettre au Fonds Vert ou aux autres bailleurs. Pour surmonter les barrières, il est donc impératif de former une masse critique d’acteurs aux mécanismes de financement durable. »

Ne plus fonctionner en « autodidacte »

Porté par cette conviction, le ministère centrafricain de l’Environnement et du Développement durable a organisé à Bangui, du 4 au 8 août 2025, une session de renforcement des capacités à destination d’une soixantaine d’acteurs sectoriels –l’ensemble des départements ministériels, le secteur privé, les partenaires techniques et financiers et autres organisations de la société civile –, avec le soutien de l’Institut de la francophonie pour le développement durable (IFDD) et du Département de l'Énergie et du Bâtiment durable du Service public de la Wallonie (voir ci-dessous). Objectif : leur donner les compétences nécessaires pour rédiger des projets robustes à soumettre aux bailleurs.

Le soutien de la Wallonie

En appui à la finance durable dans l’espace francophone, la Wallonie
 continue de capitaliser sur le climat de confiance qu’elle a instauré
avec les pays concernés par son programme de financement
climatique international.

L’Agence wallonne de l’Air et du Climat (AwAC) est l’institution de
la Région wallonne (Belgique) chargée de coordonner la politique
régionale de qualité  de l’air, du climat et de l’ozone stratosphérique. 
Elle est très active dans la solidarité climatique internationale depuis
2009. La quasi-totalité des projets bilatéraux menés en Afrique sous
financement de l’AWAC sont réalisés en  Afrique francophone. 
Par ailleurs, la contribution volontaire de l’AWAC à  l’IFDD a pour but
de faciliter l'accès à la finance climat pour la sobriété énergétique
bas carbone dans les pays francophones en développement.

« Aujourd’hui, nous coconstruisons des projets qui allient
les questions  
spécifiques au changement climatique (que ce soit 
au 
niveau de l’atténuation 
ou de l’adaptation) aux importantes questions
sociales 
(genre, jeunes, emplois, etc.), dans un esprit de partenariat 
et à l‘écoute des besoins des uns 
et des autres », souligne
Stéphane Cools, président intérimaire de l’Agence wallonne de
l’air et du climat (AwAC). Cet appui permet notamment de soutenir 
la mobilisation efficace de la finance climatique en RCA en veillant
sur trois thématiques : les scénarios régionaux de transition énergétique,
l’énergie renouvelable décentralisée et les investissements.

« Le rapport annuel sur la finance climatique en Afrique montre que les volumes mobilisés en finance climatique restent excessivement faibles. Désormais, ces parties prenantes averties sont capables de formuler des demandes viables », souligne Alioune Seydi.

Sylvère Soumbo, forestier et chargé d’études au ministère des Eaux, Forêts, Chasse et Pêche, se réjouit : « Tous les participants n’ayant pas le même profil, les connaissances ont pu être mises à jour sur le changement climatique. Mais le cœur de la formation portait sur la finance climatique : nous avons par exemple étudié les six critères d’investissement du FVC** ainsi que le processus d’accréditation. Même en étant un professionnel du secteur, cela me permet désormais de ne plus fonctionner en autodidacte sur ces questions et de maîtriser les mécanismes de développement d’un projet pour le FVC à chaque étape ».

Mariam Amoudou Sidi, chargée d’études en matière d’adaptation au changement climatique et point focal genre à la CNC, témoigne avec le même enthousiasme : « Le changement climatique cause des dégâts : au fur et à mesure qu’on satisfait des besoins, il y en a d’autres qui naissent. J’ai senti l’engouement des personnes pendant cette formation. La notion de rationnel climatique était, par exemple, une nouveauté pour moi ».

Cette notion est en effet devenue centrale : le rationnel climatique permet de démontrer clairement en quoi les activités proposées répondent directement aux impacts du changement climatique.

« Nous avions l’habitude de monter des projets à soumettre aux différents partenaires, mais nous avons compris, à travers cette formation, que si les projets n’étaient pas bien montés ou ne prenaient pas en compte le rationnel climatique, il n’était pas évident qu’ils soient éligibles au FVC », confirme Constance Gounebanda, enseignante et experte en environnement et changement climatique.

Alioune Seydi précise : « La notion de rationnel climatique permet d’éviter l’erreur classique de proposer des projets de développement, alors que nous visons l’action climatique. Le développement est un co-bénéfice, mais la priorité reste le climat. Même dans des pays plus avancés comme le Togo ou le Sénégal, les acteurs continuent de faire l’amalgame entre projet de développement et projet climatique ».

Des données fiables à acquérir pour aller plus loin

Par ailleurs, la RCA, comme beaucoup de pays, s’attelle à combler le manque de données probantes nécessaires pour faciliter l’accès à la finance climatique.

Amen Eklou-Takpani, formateur et spécialiste en finance climat et investissement, explique : « La question des données a été soulevée comme une difficulté majeure lors de l’atelier. La direction de la Météorologie, entre autres, a exprimé le besoin de renforcer ses capacités. »

Justement, cette formation s’inscrit dans une ambition plus vaste : la RCA développe, avec l’appui de l’IFDD, un programme de préparation du FVC dénommé Readiness, doté d’un budget de 3 millions USD sur trois ans. Il vise à renforcer l’appropriation nationale dans le processus de mobilisation des financements climatiques, à travers le développement de portefeuilles de projets bancables (6 notes conceptuelles), l’accréditation de deux entités nationales auprès du FVC et le renforcement des cadres de politiques climatiques.

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Emma Bernard
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